Fadoua Nafissi : « L’école de demain doit former des jeunes capables d’apprendre tout au long de leur vie »

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Fadoua Nafissi : « L’école de demain doit former des jeunes capables d’apprendre tout au long de leur vie »

 

À l’heure où l’intelligence artificielle redessine la carte des métiers, la directrice pédagogique estime que l’enjeu de l’éducation n’est plus seulement de transmettre des savoirs, mais de former des esprits critiques, capables d’apprendre toute leur vie

 

Dans un monde où les mutations technologiques s’accélèrent et où les compétences attendues sur le marché du travail évoluent sans cesse, l’école marocaine ne peut plus se contenter des méthodes d’enseignement traditionnelles. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, la transformation de la nature des métiers et le renouvellement toujours plus rapide des connaissances, une question fondamentale se pose au système éducatif : comment préparer des jeunes à un avenir dont les contours professionnels et technologiques restent en grande partie flous ?

 

À cette question, Fadoua Nafissi, directrice pédagogique engagée en faveur de la qualité et de l’innovation, apporte une réponse qui ne réside pas uniquement dans l’accélération de l’intégration des technologies en classe, mais dans une remise en question des finalités mêmes de l’éducation. L’école, selon elle, doit dépasser la logique de la mémorisation et de la préparation aux examens pour développer chez les élèves la capacité de comprendre, d’analyser, de s’adapter et d’apprendre en continu.

 

Cette vision s’appuie sur une conception du leadership éducatif qui place la qualité des apprentissages au cœur des préoccupations, alliant rigueur dans le travail, accompagnement des enseignants et ouverture à l’innovation. Forte d’un parcours professionnel dans le domaine de l’éducation, Fadoua Nafissi est convaincue que l’amélioration de l’école commence par la compréhension de la réalité des classes, l’écoute des besoins des enseignants et des élèves, et la création de conditions propices à de meilleurs résultats.

 

Les fondamentaux d’abord

 

Malgré l’engouement croissant pour l’intelligence artificielle, la robotique et les métiers du futur, Fadoua Nafissi souligne que toute réforme éducative reste tributaire de la solidité des apprentissages de base. Lire, comprendre, écrire, raisonner, s’exprimer et communiquer ne sont pas des compétences traditionnelles dépassées, mais le socle indispensable pour acquérir de nouvelles connaissances et aborder la technologie avec discernement.

 

Encore faut-il, selon elle, que la maîtrise de ces compétences s’accompagne du développement de la capacité à rechercher l’information, à en vérifier la fiabilité, à comparer les sources et à en analyser le contenu. Dans un environnement numérique qui offre un accès rapide à une masse considérable d’informations, le défi ne tient plus à l’obtention du savoir, mais à son bon usage et à la distinction entre ce qui est fiable et ce qui est trompeur.

 

Dans cette perspective, elle plaide pour le renforcement de l’enseignement des langues, des mathématiques, des sciences et de la culture numérique, parallèlement au développement de l’esprit critique, de la créativité, du travail collectif et de l’expression orale. Elle insiste également sur l’importance des projets concrets et des activités pluridisciplinaires, qu’il s’agisse de débats en classe, d’expériences scientifiques, d’activités artistiques, de projets de robotique ou de lecture, car ils offrent aux élèves l’occasion de mettre leurs connaissances en pratique, de résoudre des problèmes, de défendre leurs idées et d’assumer des responsabilités.

 

Cela suppose de passer d’un modèle centré sur la restitution des informations à une approche où la compréhension, l’analyse, l’initiative et la créativité deviennent les piliers de la construction des compétences. Les métiers qui émergeront des bouleversements technologiques n’exigeront pas seulement du savoir, mais des personnes capables de faire face à des situations inédites et d’imaginer des solutions à des problèmes inconnus.

 

L’intelligence artificielle : un outil d’apprentissage, pas un substitut à la réflexion

 

L’intégration de l’intelligence artificielle dans l’éducation ouvre de larges perspectives pour améliorer les apprentissages, mais soulève en même temps des questions sur les limites de son usage, les conditions de son efficacité et la place de l’enseignant dans le processus éducatif.

 

Fadoua Nafissi estime que la relation entre technologie et humain ne doit pas reposer sur l’opposition, mais sur l’utilisation des outils numériques au service des besoins des élèves et de la qualité de l’enseignement. L’intelligence artificielle peut ainsi aider à concevoir des exercices adaptés aux niveaux des élèves, à simplifier des notions complexes, à diversifier les ressources pédagogiques et à repérer certaines difficultés dans le parcours d’apprentissage.

 

Mais ces possibilités ne remettent pas en cause le rôle central de l’enseignant, qui ne se limite pas à transmettre des informations : il accompagne l’élève, comprend ses besoins, renforce sa confiance en lui et le motive à surmonter les obstacles. La relation pédagogique, avec ce qu’elle suppose d’écoute, d’interaction et de prise en compte des différences individuelles, ne saurait se réduire aux résultats d’un algorithme ou à des réponses toutes faites.

 

L’apprentissage d’un usage responsable de l’intelligence artificielle devient dès lors partie intégrante de la formation. L’élève doit apprendre à examiner ce que produisent ces outils, à en vérifier l’exactitude, à repérer leurs erreurs et leurs biais éventuels, et à saisir les enjeux éthiques de leur utilisation.

 

Cette approche met en garde contre la confusion entre facilité d’accès à la réponse et acquisition du savoir. Lorsque la technologie devient un moyen de contourner la réflexion et l’effort intellectuel, elle risque d’affaiblir l’objectif même de l’apprentissage. Utilisée pour approfondir la compréhension, tester des hypothèses et explorer des idées nouvelles, elle devient en revanche un véritable levier pédagogique. Le défi n’est donc pas seulement d’apprendre aux élèves à se servir de l’intelligence artificielle, mais de leur donner l’esprit critique qui leur permettra d’en évaluer les productions et de les utiliser avec discernement et autonomie.

 

Une école inclusive, qui place l’élève au cœur de la réforme

 

Pour Fadoua Nafissi, la qualité de l’enseignement est indissociable de la capacité de l’école à répondre à la diversité des besoins et des rythmes de progression des élèves. L’école qu’elle appelle de ses vœux offre à chaque élève la possibilité d’apprendre et de progresser, tout en conservant une ambition pédagogique qui pousse chacun à aller au maximum de ses capacités.

 

Cela implique un environnement scolaire sûr et stimulant, où les élèves peuvent essayer, se tromper et corriger leur trajectoire, et où l’erreur est une occasion de comprendre et de progresser plutôt qu’une source de découragement ou de décrochage.

 

Le développement de l’école passe aussi par la valorisation de l’enseignant comme acteur essentiel de la réforme, à travers son accompagnement, le renforcement de ses compétences et son association au renouvellement des pratiques. Car la réussite de l’innovation pédagogique, souligne-t-elle, ne se mesure pas au nombre de nouveaux outils introduits dans les classes, mais à leur contribution réelle à l’amélioration des apprentissages et à la réponse apportée aux besoins des élèves.

 

La famille constitue elle aussi un partenaire de poids : la communication entre l’école et l’environnement de l’élève garantit une continuité accrue dans l’accompagnement et l’orientation. Dans le contexte actuel, le besoin se fait également sentir d’une école ouverte sur les langues, les sciences, la technologie, les arts et la culture, qui permette aux jeunes de diversifier leurs connaissances, de construire une personnalité équilibrée et de se préparer à interagir dans un environnement mondial où la coopération et l’échange d’expériences gagnent en importance.

 

Apprendre tout au long de la vie : un investissement dans les compétences du Maroc de demain

 

Si l’école est appelée à préparer les jeunes aux exigences du marché du travail, les mutations technologiques rendent difficile de cantonner la formation à une période qui s’achève avec l’obtention d’un diplôme. Les métiers évoluent, les compétences se renouvellent, et certaines de celles acquises en début de carrière peuvent nécessiter, plus tard, d’être actualisées ou complétées.

 

L’idée de formation tout au long de la vie prend ainsi de plus en plus d’importance, en tant que prolongement de l’enseignement initial, de la scolarité et des études supérieures, et non comme leur substitut. Il s’agit de former des individus disposés à poursuivre leur apprentissage, à développer leurs compétences et à s’adapter aux mutations professionnelles et technologiques qui jalonneront leur parcours.

 

Dans cette optique, la réussite de l’école ne se mesure pas uniquement aux résultats scolaires de l’élève, mais aussi à sa capacité à acquérir l’autonomie intellectuelle, la curiosité, la souplesse d’esprit et la confiance en son aptitude à apprendre de nouvelles choses.

 

Pour le Maroc, cette vision place l’éducation au cœur du débat sur la préparation aux transformations économiques et technologiques. Former des compétences capables d’accompagner le changement suppose un système éducatif qui allie solidité des fondamentaux, qualité de l’encadrement et ouverture à l’innovation, et qui développe les aptitudes permettant aux jeunes de participer activement à la société et à l’économie.

 

Il ne s’agit pas de prédire tous les métiers que l’avenir réserve, mais de former des générations dotées des outils pour affronter l’inconnu : esprit critique, communication, créativité, travail en équipe et soif constante d’apprendre.

 

Fadoua Nafissi résume l’essence de sa vision dans la nécessité de former des jeunes capables d’apprendre tout au long de leur vie. Une approche qui fait de l’école bien plus qu’une institution de transmission des savoirs : un espace où se construit un être humain capable de comprendre les transformations, de s’y adapter et de contribuer à les orienter. Car le Maroc de demain n’aura pas seulement besoin de compétences maîtrisant les outils du présent, mais de générations capables d’apprendre, de se renouveler et de façonner l’avenir.

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